Présentation de Jésus au Temple
De Sr Soeur Michèle Debrouwer – Notre Dame de Sion
“Qu’allons-nous retenir de cette rencontre au Temple ?
Nous sommes à Jérusalem, qui est le cœur-même de la vie juive, le centre vers lequel tous les yeux, tous les regards se portent. Le centre du rassemblement de toutes les nations qui monteront là pour célébrer le Dieu unique Jérusalem ? Le pôle du monde que célèbrent tant de psaumes que nous chantons et prions comme les Juifs et que chantent les pèlerins qui montent à Jérusalem, en particulier pour les trois fêtes de pèlerinage: les saints rendez-vous avec le Seigneur présent dans le Temple.
Et le Temple de Jérusalem ? C’est là-même que Jésus, douze ans plus tard, révélera à ses parents que seule «la volonté de son Père» donne sens à sa conduite. Et s’il leur reste «soumis», c’est précisément dans la mesure où sa soumission est conforme à la volonté du Père des cieux.
Dans le Temple, la lumière perpétuelle brille au-dessus de l’Arche Sainte: elle contient les rouleaux de la Torah, Parole de lumière et de vie pour les fils d’Israël. Ils la portent aujourd’hui encore en procession dans leurs bras, sur leur cœur pendant la prière communautaire à la synagogue.
Marie et Joseph avec l’enfant Jésus dans leurs bras sont soumis aux prescriptions de la Torah donnée à Moïse au Sinaï et transmises à Israël de génération en génération.
Or, la Torah ordonne que la femme qui accouche d’un garçon observe une période de purification de quarante jours, à l’issue de laquelle elle doit apporter une offrande au Sanctuaire de Dieu (Lév. 12, 2-4). Marie et Joseph ont accompli cet enseignement de la Torah, avec foi, librement, par amour de la Torah!
Ils ont apporté l’offrande minimum prescrite pour les pauvres : deux colombes. Ce qui, de la part des parents de Jésus, n’aurait pu être qu’une formalité, se révèle en réalité d’une portée ecclésiale.
Pour nous chrétiens, qui considérons Marie Mère du Seigneur, comme vierge de toute souillure, cette obligation d’être «purifiée» après l’accouchement de Jésus, nous paraît sans doute une chose étrange. Mais Marie a accompli ce rite prescrit, avec ferveur, accompagnée de Joseph, son époux, tout aussi fervent!
Faisant cela, elle savait qu’elle participait à un grand culte de purification et d’offrande utile à l’équilibre du monde. En outre, la Torah stipule que tout premier-né, qu’il s’agisse d’un garçon ou d’un animal, doit être consacré à Dieu en rappel du jour où les Israélites ont été sortis de l’esclavage d’Egypte (Exode 13, 2-12) «à main forte et à bras étendu».
Oui! Comme Syméon, guetteur du Messie d’Israël, homme d’espérance, et comme Anne la prophétesse, nous cherchons le visage du Messie et voilà que, oh surprise! C’est Lui qui vient à notre rencontre! En la personne de Syméon, c’est toute l’Eglise qui reconnaît Jésus comme le Messie attendu, «Lumière des nations» mais aussi «signe de contradiction…».
Avec Anne et Syméon, Dieu fait de nous des prophètes, des hommes et des femmes témoins d’espérance du jour où «Dieu sera tout en tous…» Oui ! Nos yeux se portent aujourd’hui sur le véritable Temple qui est le corps même de Jésus, signe définitif de la présence du Dieu vivant avec nous, au milieu de nous, l’Emmanuel.
Et voilà que ces heureux parents, porteurs de la Lumière du monde dans leurs bras, sont accueillis par deux visages: Syméon et Anne : deux justes, deux priants, poussés par l’Esprit-Saint, qui attendent activement le Messie promis à Israël. En eux, c’est le peuple d’Israël tout entier qui attend le Messie! Celui qui sera la Paix !
Le nom hébreu de Syméon nous invite à l’écoute de la Parole, des événements, à l’accomplissement de la Parole de Dieu. «Ecoute, Israël!» en hébreu: «Shema Israël!» (Dt 6, 4)
Quant à la prophétesse Anne, nous sommes, par la signification hébraïque de son nom, invités à rendre grâce en contemplant sans cesse les dons de l’amour gratuit de Dieu pour son Peuple: Juifs et Chrétiens ensemble, un amour sans exclusion offert à tous les peuples, à toutes les nations :
Syméon reconnaît dans le petit enfant la manifestation du salut: Jésus, le Christ, visage révélé du Père le visage de tout humain. Il s’exclame en le voyant: « lumière pour illuminer les nations et gloire de ton peuple Israël! »
Comme Syméon et Anne dans le Temple à Jérusalem, nous sommes invités, nous aussi, à entrer dans le «temple» de notre cœur, pour y rencontrer le visage de Dieu Sauveur dans l’enfant Jésus, pour célébrer le mystère de sa consécration à Dieu par ses parents, la consécration de Marie elle-même et celle de tous ceux et celles qui, suite à un appel particulier, se mettent à la suite de Jésus, librement, totalement, par amour du Royaume. C’est le commandement de l’Amour :
«Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force…et ton prochain comme toi-même» (Dt 6 et Lv 18)