[:fr]Au soir de la résurrection…[:]
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Au soir de la résurrection, les disciples se sont enfermés dans la chambre haute. C’est un moment d’attente, entre deux vies. Les femmes proclament qu’elles ont rencontré le Seigneur ressuscité, mais les hommes ne l’ont pas vu. Comme d’habitude, les hommes sont un peu lents! Ils n’ont vu qu’un tombeau vide, mais qu’est-ce que ça veut dire? Leur ancienne existence auprès de Jésus est terminée: le temps où ils cheminaient avec lui vers Jérusalem, écoutant ses paraboles et partageant sa vie. Mais la nouvelle vie, la vie d’après la Résurrection, n’a pas encore commencé. Ils ont bien entendu dire que Jésus est ressuscité, mais ils ne l’ont pas vu de leurs yeux. Alors ils attendent ou bien ils retournent à leurs activités passées et vont pêcher des poissons. C’est un moment de transition.
Et puis il y a la peur. C’est la peur qui bloque les disciples dans la chambre haute. Nous pouvons nous demander de quoi avons-nous peur? Quelles sont les peurs qui nous coincent dans un petit espace, peu enclins à tenter du nouveau? Il faut oser regarder en face nos peurs qui nous enferment et nous empêchent d’aller de l’avant dans la mission…
Jésus vint se tint au milieu et leur dit: “Paix à vous”
Ayant dit cela, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur.
Jn 20, 26-27
C’est la vue des blessures du Christ qui libère les disciples de la peur et les remplit de joie. C’est le Christ blessé qui les transforme en prêcheurs. Il n’y a de prêcheur que blessé. Le Verbe s’est fait chair, il a été blessé, il a été tué. Il était impuissant face aux pouvoirs de ce monde. Il a osé être vulnérable à ce que ces pouvoirs pouvaient lui causer. Si nous sommes disciples de cette même Parole, nous serons blessés aussi. Au cœur de la prédication de sainte Catherine de Sienne, il y avait sa vision du Christ blessé, elle avait reçu ses blessures en partage. Peut-être souffrirons-nous de blessures légères: la dérision, ne pas être pris au sérieux… La vision du Christ blessé mais vivant peut nous libérer de notre peur d’être blessés. Nous pouvons courir ce risque, car ni les blessures ni la mort n’auront le dessus.
Le plus douloureux pour les disciples, c’est qu’ils contemplent le Jésus qu’eux-mêmes ont blessé. Ils l’ont renié, abandonné, fui. Ils lui ont fait mal. Jésus ne les accuse pas, il leur montre simplement ses blessures. Nous devons accepter le fait que nous sommes blessés et que nous blessons les autres. Bien souvent involontairement par des paroles condescendantes, en arrivant pas à traiter les autres comme des personnes égales et apportant leur richesse dans leur différence. Nous avons tous le pouvoir de blesser: le pouvoir de dire des mots qui font mal, le pouvoir des prêtres sur les laïcs, des hommes sur les femmes et des femmes sur les hommes, de religieux sur les laïcs, des supérieurs sur les membres de leur communauté et vice versa, des riches sur les pauvres, des confiants sur les anxieux….
On peut oser voir les blessures infligées et les blessures reçues et cependant se remplir de joie, car le Christ est ressuscité d’entre les morts. Nous boitillons peut-être sur un pied mais le Seigneur nous rend heureux.
Il leur dit alors, de nouveau: “Paix à vous!
Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. ”
Jn 20, 21
Jésus envoie les disciples loin de la sécurité d’une chambre close. Cet envoi est le début de la prédication. Être apôtres c’est être envoyé par Dieu, mais nous ne sommes pas envoyé de la même manière…/… Être envoyé signifie donc davantage qu’une mobilité physique. Cela signifie venir de Dieu. C’est notre être même.
Jésus est “l’apôtre”, l’envoyé (He 3, 1). Il est l’envoyé de Dieu, mais cela ne veut pas dire que Jésus a quitté les cieux pour un autre endroit appelé terre. Son existence même est de venir du Père. L’envoyé, voilà qui il est, maintenant et pour toujours!
Être apôtre signifie que chacun de nous est envoyé par Dieu à ceux qu’il rencontre. La femme est envoyée à son mari et le mari à sa femme. Chacun est une Parole de Dieu pour l’autre. La moniale ne peut peut-être pas quitter son monastère, mais elle est tout aussi envoyée que n’importe quel frère. Elle est envoyée à ses sœurs, et le monastère tout entier est une Parole de Dieu qui nous est envoyée. Parfois, nous acceptons notre mission en demeurant là ou nous sommes et en y étant une parole de vie pour les autres.
Mais Jésus n’envoie pas seulement les disciples hors de leur chambre close; il les rassemble aussi en une communauté. Il les envoie aux confins de la terre, et leur ordonne de ne faire qu’un, de même que lui et son Père ne font qu’un. C’est un défi de vivre cette unité dans la diversité des engagements car nous ne pouvons pas à la fois annoncer le Royaume de Dieu et être divisés.
Timothy Radcliffe
“Que votre joie soit parfaite ”
(Extraits du chapitre 3).
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