[:fr]Etre la porte…[:]
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” Chacun est le portier de lui-même et de sa communauté. La façon dont j’accueille a un retentissement considérable. Le plus souvent, je le fais en fonction de mon cinéma intérieur, des contrariétés du moment ou de la bonne humeur du moment, de ce que j’attends ou de ce que je redoute, mais malheureusement en restant prisonnier de MON histoire personnelle. Le mot d’accueil proposé par Benoît, deo gratias ou benedic, désamorce ce cinéma intérieur, m’invite à une sortie de moi.
Celui qui arrive EST une grâce,
il EST la bénédiction qui m’est destinée par Dieu…
Pour accueillir l’autre chez soi, il faut habiter chez soi, « habiter avec soi-même » ; il y a des portes si largement ouvertes qu’elles donnent sur des maisons désertées, creuses, vides, ce qui veut dire qu’en fait, ces maisons n’ont plus de portes, elles sont à l’abandon. Etre capable d’accueillir suppose qu’à l’intérieur, comme le dit Benoît, il y a tout, tout le nécessaire, l’eau, le moulin, le jardin, un petit paradis, et surtout la présence de Dieu ; mais s’il n’y a qu’une façade devant une ruine que l’on n’habite pas soi-même, notre accueil est un mensonge…/…
Le mystère de notre vie dans son apparente immobilité dit cette foi dans le fait que par le Christ la porte de Dieu est ouverte, déjà ouverte, pleinement ouverte. Dans une civilisation de la bougeotte, ce témoignage devient de plus en plus nécessaire. On devient moine parce que l’on cherche Dieu ; on reste moine en découvrant qu’il nous suffit de tenir sa porte suffisamment ouverte.
Tout moine est un frère portier ; placée à la fin de la RB, la figure du portier recueille les principaux traits de ce qui fait le moine, trois points essentiels : l’ouverture au dialogue, l’accueil du pauvre, la stabilité, explicitée comme présence et vigilance…/…
Symboliquement, LA porte renvoie au Christ, disant en Jn 10 « Je suis LA porte », et parlant en Mt 7/Lc 13 de « la porte étroite » par laquelle in nous faut absolument passer ; cette porte étroite me semble être, comme dans les maisons de Palestine, ces portes basses et resserrées où l’on ne peut entrer qu’un par un, non sans un certain effort. Le salut nécessite cet effort personnel, singulier, un par un ; on n’y entre jamais en groupe ou seulement porté par un flot indifférent.”
Frère David, Abbé du monastère d’En Calcat
Extraits du commentaire de la Règle de St Benoît N°66
La porte – La clôture
Le dedans et le dehors
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