[:fr]Quand j’étais avec eux…[:]
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Père, quand j’étais avec eux… (Jn 17,11-12). Le Seigneur a prononcé cette prière la veille de sa passion, mais il n’est pas absurde de l’appliquer au jour de l’Ascension, c’est-à-dire au moment où il allait s’éloigner définitivement de ses petits enfants, qu’il recommandait à son Père. Car celui qui dans les cieux a créé la multitude des anges, qui les enseigne et les gouverne, s’était attaché sur la terre un petit troupeau (Lc 12,32) de disciples qu’il formerait par sa présence dans la chair jusqu’à ce que, leur connaissance ayant quelque peu progressé, ils soient devenus capables de recevoir l’enseignement de l’Esprit Saint.
Dans sa grandeur, il aimait ces petits d’un grand amour. En effet, il les avait détachés de l’amour du monde et il voyait que, leur ayant fait abandonner toute espérance d’ici-bas, ses disciples dépendraient uniquement de lui. Cependant, aussi longtemps qu’il voulut vivre avec eux corporellement, il ne leur donna pas facilement de nombreuses marques d’affection, se montrant envers eux plutôt grave que tendre, comme il convenait à un maître et à un père. Mais lorsqu’arriva le moment de les quitter, il sembla comme vaincu par sa tendre affection pour eux, et il ne put leur dissimuler l’immensité de sa douceur, qu’il leur avait cachée jusque-là.
C’est ainsi que, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout (Jn 13,1). Alors, en effet, il répandit sur ses amis presque toute l’immensité de son amour, avant que lui-même se répandît comme de l’eau (Ps 21,15) pour eux. Alors il leur remit le sacrement de son corps et de son sang, et il leur prescrivit de le célébrer. Je ne sais ce qui est plus étonnant, de sa puissance ou de son amour! Pour les consoler de son départ, il inventait ce nouveau mode de présence: ainsi, tout en s’éloignant d’eux quant à la présence visible de son corps, il serait non seulement avec eux, mais aussi en eux par la vertu de ce sacrement. <>
Alors, levant les yeux au ciel, il les recommanda à son Père, en parlant ainsi: Père, quand j’étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte. Maintenant je viens à toi. Garde-les dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné. Je ne te demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais (cf. Jn 17,12-13.11.15). 0
L’ensemble de cette prière tient en trois points, où l’on trouve l’essentiel du salut. Qu’ils soient préservés du mal et sanctifiés dans la vérité, afin qu’ils soient glorifiés avec lui, Jésus. Père, dit-il, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire (Jn 17,24).
Homélie du bienheureux Guerric d’Igny (+ 1157)
Sermon pour l’Ascension, 1-2, SC 202, 272
Image: focolare.org
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